Laine et bien-être animal / I : le tricot, c’est mal?

Les utilisateurs de Ravelry sont familiers de la page d’accueil du site où l’on voit mouton, chèvre, lapins et autre yack plus mignons les uns que les autres s’ébattre dans une montagne de pelotes sous les yeux envieux d’un toutou tout aussi cute.

Au-delà de cette imagerie bon enfant, quels sont les impacts de notre utilisation de laine sur le bien-être des animaux qui nous la procurent? Telle est la question que nous nous sommes posées lors de notre brainstorming sur le thème « maille et santé », entre tricot-zen et écharpes de supporters de foot. J’ai naïvement proposé de traiter le sujet, n’imaginant pas à quel morceau j’allais me confronter… Je traîne donc depuis trois quatre cinq mois d’un brouillon à un autre, me débattant avec ma conscience, consultant « juste encore un article/livre/docu » en espérant trouver LE bon angle pour traiter le sujet… Mais 2017 sera l’année de la guerre à la procrastination : hop hop hop, je me lance :-)!

J’ai choisi de partager avec vous mon cheminement entre émotion, raison et action, sans aucune prétention à une posture exemplaire ou prescriptive. Le sujet est en effet très complexe et les conclusions seront éminemment personnelles à chacun.e! Et parce que l’article est devenu très long et dense, il fera l’objet de plusieurs billets, histoire de permettre un temps de « digestion » et de débat.

C’est quoi la question, déjà?

Au départ, notre question était donc la suivante : quel impact a notre utilisation de fibres animales sur le bien-être des « fournisseurs »? Partant de là, j’ai beaucoup lu, regardé des documentaires, écouté des scientifiques, parlé à des gens d’opinions diverses… ce qui m’a valu des émotions pas très joyeuses : dégoût, révolte, colère, honte, …. Ce que Spinoza, qui semble être the philosophe du moment, appelle des « passions tristes », celles qui ne font pas vraiment avancer… Je me suis même maudite de ne pas être restée ignorante! C’est que, au fil de ces recherches, notre question de départ s’était transformée en problème moral : est-ce mal de tricoter de la laine ?

Jusqu’il y a quelques années, je n’avais jamais émis le moindre soupçon sur l’utilisation de fibres animales : tondre les moutons, c’est « naturel », non? C’est comme une coupe de cheveux : nécessaire de temps en temps et indolore. Et puis c’est quand même mieux de tricoter de la laine que du pétrole transformé en horrible acrylique-qui-fait-transpirer…

Il y a bien un bout du rideau qui s’est levé, il y a 7 ou 8 ans, au moment où je me suis remise à tricoter plus intensivement, avec la découverte du mérinos et de la notion de « tricot-doudou ». En me renseignant sur cette laine, je suis tombée par hasard sur des vidéos de plaies sanguinolentes, d’infections, de moutons saisis comme de vulgaires sacs de patates… Pendant quelques semaines, j’ai été sous le choc et pourtant, j’ai assez vite effacé cette découverte de ma conscience, me disant que ces pratiques barbares n’étaient probablement le fait que de quelques élevages industriels minoritaires. Au moment où je me découvrais une passion et un petit talent, je n’étais pas du tout prête à une remise en question.

En reprenant mes recherches il y a quelques mois, je me suis rendu compte que cette problématique a depuis reçu de plus en plus de couverture médiatique, avec des articles non seulement sur les sites de PeTA et autres défenseurs des animaux, mais aussi dans des blogs axés sur l’écologie ou le tricot, dans le Huffington Post ou même l’Equipe. De sous-terraine, la question était devenue quasi mainstream.

Alors, ça se passe comment pour les moutons? (et les lapins, les alpagas, les vers à soie, les yacks, …)

Je ne vais pas faire un rapport exhaustif des pratiques en vigueur mais partir de l’exemple du mérinos. Si vous souhaitez aller plus loin, vous trouverez en fin d’article une bibliographie sélective pour vous documenter sur les autres animaux.

Alors, qu’est-ce que j’ai découvert?

  • les moutons ont été sélectionnés génétiquement pour produire plus de laine, ce qui signifie qu’ils doivent être tondus sous peine de mourir de chaud (alors que les moutons à l’état « naturel » produisent apparemment juste la quantité de laine dont ils ont besoin)
  • cette toison hyper-abondante, qui plus est sur une peau plissée, attire des mouches qui pondent sur les moutons. Les larves, une fois écloses, vont carrément dévorer leur hôte
  • pour prévenir ces infections, les éleveurs recourent à la pratique du « mulesing« : on découpe des bandes de peau sur l’arrière-train des moutons, sans anesthésie
  • la tonte se produit certes à la main mais de façon intensive. Les tondeurs sont payés au volume, ce qui encourage des pratiques violentes envers les animaux
  • les mâles sont castrés et tous ont l’oreille percée sans anesthésie
  • les bêtes qui ne produisent plus suffisamment de laine sont envoyés à l’abattoir, entassés dans des convois sans eau ni nourriture. Beaucoup meurent pendant le transport.

Quand on lit (et voit! car il y a plein de photos et de vidéos!) tout cela, difficile de ne pas être choqué… Mais les « anti-laine » ne s’y arrêtent pas et ajoutent l’un ou plusieurs de ces arguments supplémentaires  :

  • se vêtir de laine, c’est un caprice : il y a plein d’autres fibres végétales ou synthétiques qui ont les mêmes propriétés, l’être humain n’a donc pas besoin de laine
  • les moutons sont affectueux, ils ressent des émotions, pleurent l’absence de leurs agneaux ou de leurs compagnons disparus
  • les moutons sont intelligents:  ils ont de grandes capacités d’apprentissage et de mémorisation et sont capables de formuler un jugement
  • l’élevage des moutons consomme beaucoup de ressources naturelles et a des conséquences néfastes pour l’environnement
  • pas d’industrie de la laine sans production de viande. Un végétarien qui porte de la laine participe donc à la consommation de la viande, qu’il proscrit par ailleurs
  • rien ne justifie la domestication et l’utilisation par l’homme des animaux, qui doivent être laissés à l’état de nature

Et pour finir, il y a l’argument massue : « les moutons, c’est trop mignon »! (ça, ce n’est jamais écrit mais c’est omniprésent à travers l’iconographie utilisée).

Cette deuxième série d’arguments, souvent mêlée aux premiers, amène en fait la discussion sur le plan des principes et/ou des sentiments (empathie, sens des responsabilités, …) et non plus des faits.

Les producteurs de laine et les marques de vêtements, de leur côté, rétorquent en expliquant qu’ils ont des pratiques respectueuses du bien-être animal et responsables vis-à-vis de l’environnement, voire en souscrivant à des labels (par exemple le Responsible Wool Standard). Certains vont plus loin en s’interdisant la mise à mort des animaux, mais ils restent très marginaux.

Ces initiatives sont certes louables mais on voit qu’elles restent sur le terrain des pratiques et ne font qu’effleurer le plan éthique, au cœur de la réflexion des « anti ». On pressent donc quelque chose comme un dialogue de sourds…

Remue-méninge : quel statut pour l’animal?

D’ailleurs, je ne me suis pas sentie tout à fait tranquillisée après avoir lu les arguments des producteurs « responsables »… Malgré leurs garanties, je suis restée abattue et en proie à un lancinant sentiment de culpabilité. Pour reprendre l’exemple donné par Gary Francione, célèbre théoricien du droit des animaux, je me sentais dans la peau d’un esclavagiste qui dirait : « je vous garantis que mes esclaves ont suffisamment à manger, qu’ils ne travaillent que 8 heures par jour et que je ne leur donne le fouet qu’en cas de faute grave ». Oui mais ça reste de l’esclavagisme et l’esclavagisme, c’est mal…

Je me suis dit que pour me sortir de cette culpabilité, je pourrais essayer de mettre un peu d’ordre dans tous ces arguments… comme ça :

emotion-raison-action

J’ai repensé à mes séminaires d’éthique à la fac, en particulier ceux de Vinciane Desprets, philosophe, psychologue et éthologue. Dans la foulée de Bruno Latour, elle posait la question des frontières mouvantes entre nature et culture et défendait la thèse selon laquelle notre vision du monde animal est toujours empreinte d’idéologie: l’animal « en soi » n’existe pas mais est toujours pour ainsi dire la création du chercheur. Le Darwinisme, par exemple, en mettant en exergue la survie du plus fort, est modelé par l’idéologie capitaliste alors qu’une génération plus tard, le naturaliste anarchiste Piotr Kropotkine, à l’inverse, voyait l’altruisme comme un facteur essentiel d’évolution. Pour me sortir de ce dilemme moral et prendre position, j’ai donc résolu de classer tous les arguments que j’avais lus et de voir à quelle vision de l’animal et du monde ils correspondent.

Ca a donné ceci :

ethique-laine

 

Avant même de me placer dans une « case », je me suis sentie soulagée! Classer, ça me fait toujours cet effet ;-).

Dans le prochain billet, je vous propose de passer en revue ces différentes approches et leurs conséquences sur notre utilisation de laine: non? oui mais? oui dans tous les cas?

Un troisième billet clôturera ce chapitre en proposant des options d’action en fonction des différentes prises de position éthiques.

D’ici là, dites-moi… vous pensez aux animaux en achetant votre laine? vous avez des règles de conduite en la matière? des bonnes adresses à partager?

A bientôt!

Séverine

 

Notes

  1. Du côté des « anti »
  • PeTA (People for the Ethical Treatment of Animals) : campagnes « laine« , « angora » et « soie » (avertissement: les images et vidéos sont très violentes!) , interview radio
  • Article très détaillé sur le blog Antigone XXI
  • Blog Clémentine la Mandarine. J’ai trouvé intéressant le hiatus entre le contenu du billet, qui fait une large part des arguments éthiques et d’ordre émotionnel, et certains commentaires tout à fait pragmatiques : oui mais le lin n’est pas aussi doux, le synthétique fait transpirer, …
  • Sur les vers à soie : en français et en anglais

2. Quelques réponses du secteur

3. Les penseurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14 commentaires sur « Laine et bien-être animal / I : le tricot, c’est mal? »

  1. Ouah… pour le coup ça ne m’aurait pas dérangée d’avoir les trois articles en un je suis sûre, tant le premier m’a scotchée. Débutante en tricot (je fête bientôt ma première année snif snif que d’émotions) je n’avais pas vraiment pensé au traitement des animaux. En bonne naïve, je me disais que ça devait aller, ce n’est que de la laine après tout, pas de la viande, c’est pas un marché aussi lucratif non ? Non ? Ben… apparemment si, assez pour maltraiter des animaux semble-t-il. Je te surveille (en toute amitié !) pour lire la suite de ta réflexion, espérant que tu vas nous montrer des points positifs quand même (pasque j’adore trop tricoter pour arrêter… mais je veux pas que des animaux souffrent pour ma passion non plus… cruelle situation TT).

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    1. Ha ha, tu me mets la pression, plus question de traîner des mois pour publier la suite ;-)!
      Merci pour ton commentaire et félicitations pour ton premier « anniversaire de tricot » 😉
      Eoute, je n’ai pas LA réponse à ce dilemme… mais j’avais envie de lancer la discussion en tout cas!
      A bientôt!

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  2. Et bien ma belle, me voilà moi aussi scotchée!!! Il est vrai que je n’avais jamais creusé (shame on me), je pensais innocemment que c’était assez naturel tout ça… grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr… je vais aussi attendre la suite de tes articles et puis je vais tourner en rond et réfléchir à ce qui est le mieux…
    Merci de nous ouvrir les yeux, de nous montrer les choses!
    Je t’embrasse!

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    1. Merci Fifane, pour ton commentaire.
      Avec Pligou, on a pas mal hésité sur la façon d’aborder ce sujet délicat… On ne veut surtout pas se poser en donneuses de leçons d’autant plus que, comme je l’écrivais à Chocofox, nous n’avons pas LA réponse… Mais se poser la question, c’est un bon début 🙂
      A bientôt!

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  3. Merci ^^ Oui, plein de pression, c’est sain la pression ! Mwahahah ! /sbaf/ SInon je trouve que non, ton article ne fait pas donneuse de leçon, il présente bien les faits/résultats de ton « enquête » et même si on sent bien que ça ne te plait pas, tu restes polie et remets en question ce que tu penses comme ce que tu trouves. Ce serait facile de finir en « Bouuuuuh c’est tous des méchants ! » sans chercher plus loin. Reste à voir la suite… (comment ça je fous encore la pression ? /sifflote innocemment/).

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  4. Merci pour cet article très éclairant.
    Pour ma part, Je pense que, le tricot étant à la mode, le secteur de la laine attire des producteurs plus attentifs à la rentabilité qu’au bien-être des animaux. C’est à nous consommateurs et tricoteurs d’être vigilants (comme dans d’autres secteurs d’ailleurs). Pas simple… la provenance des matières premières n’est pas toujours bien claire. En général, j’essaie de faire preuve de bon sens : une laine de qualité, provenant d’animaux bien traités et « exploités » sans souffrance, laine traitée sans produits toxiques, dans une zone géographique raisonnable, etc. Tout ça a un coût : avec une pelote d’alpaga à moins de 2 euros, on a peu de chance que les critères éthiques soient respectés…
    J’ai hâte de lire la suite (sans pression aucune)

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    1. Merci Peggy, pour ton commentaire!
      Pligou, qui a travaillé pour une « grosse » marque de fils à tricoter, a été témoin de l’évolution de ces dernières années vers une compression des coûts au détriment de la qualité générale ainsi que des conditions de production.
      J’avoue que je commence seulement à me poser la question de ce qu’il y a derrière le coût d’une pelote et j’ai constaté un grand manque de transparence… J’aurais tendance à privilégier les laines locales mais les infos sont parfois tellement rudimentaires que je me pose quand même des questions…
      A suivre, donc 😉

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  5. Comme Peggy, j’essaye moi aussi de rester dans des circuits courts (bien que la Holst garn que j’aime tant… hem hem). J’étais tombée il y a quelques années sur des photos de lapin angora. Horrible. Pour le mérinos, je croyais innocemment que c’était naturel. Je suis moi aussi curieuse de lire la suite.

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    1. Hello Caterine!
      Merci pour ton commentaire!

      Les lapins angora, ça peut être vraiment trash… Via la Filière laine, j’ai trouvé une éleveuse/fileuse wallonne qui semble faire ça bien : Pascaline Neirinck .

      Je trouve que ce n’est pas évident de faire un choix éclairé tant les facteurs à prendre en compte sont divers : les conditions de travail, le bien-être des animaux, le bilan carbone, l’ impact écologique des teintures et des traitements superwash et autres,… et l’info est souvent difficile à trouver.
      Ce que j’essaie d’appliquer depuis quelques temps, c’est tout bêtement de tricoter moins – ou de façon plus réfléchie en tout cas… Pas facile, tant les tentations nous guettent 😉

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  6. C’est vraiment difficile d’être consommateur éclairé aujourd’hui… ! Comme Peggy et Caterine (coucou !), j’essaie de privilégier les circuits courts et/ou ceux qui me semblent les plus transparents… Par contre, faut reconnaitre que, du coup, ce sont des laines rustiques qui ne conviendront pas à tout le monde. J’ai trouvé des laines magnifiques sur l’île de Jersey ou du coin où est originaire ma belle-mère en Bretagne, et même de l’alpaga breton. Les deux premières laines sont bien rugueuses et pour l’alpaga, tout le monde n’aime pas. Le coton n’est pas tout terrain, idem pour le lin. Et si les matières pétrolières épargnent les animaux, leur empreinte pour la planète n’est pas négligeable. Sans oublier qu’un jour, ces objets devront peut-être se décomposer… Le dernier pull tricoté par SouleMama (avec la laine de ses moutons) me fait carrément rêver 🙂

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    1. Coucou Marie!
      C’est vrai que le toucher de ces laines « naturelles » (je ne sais comment dire…) peut surprendre quand on a pris l’habitude des fils tout doux et « ronds  » du commerce. Du coup, je trouve que ça oblige à réfléchir davantage à l’utilisation qu’ on va en faire.
      J’ai vu le pull de Soule Mama… ça me fait rêver moi aussi :-)!
      Belle semaine!

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  7. Très intéressant cet article. J’essaie de consommer mieux depuis quelques années, et après l’euphorie du début de la reprise du tricot, le traitement des moutons (pour ne citer qu’eux) s’est imposé de lui-même. J’ai eu peur de ne plus jamais pouvoir tricoter ! En effet, quand on fait des recherches sur des boutiques en ligne plus éthique, la différence de prix entre la « bête » laine et celle-là est telle que je ne peux pas me permettre d’en acheter ! Et c’est là que le bas blesse ! Je suis évidement pour que l’on fasse des efforts dans notre consommation, mais les prix des pelotes éthique est vraiment élevé ! De plus, j’ai l’impression que si je voulais rester dans les circuits courts, je dois d’office aller fouiller du côté de la France, car en Belgique les initiatives de ce genre n’ont pas l’air d’être mises en avant. As-tu des adresses en Belgique ? Peut m’importe qu’elles soient en Flandre ou Wallonie 🙂 Merci

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    1. Bonjour Cali!
      Merci pour ton commentaire 🙂
      Je suis en train de dresser un répertoire des fournisseurs en Belgique, mais c’est vrai qu’il n’est pas encore très fourni! ET en effet, les prix sont souvent assez élevés…
      Mes réflexions de ces derniers mois sur le sujet ont eu pour effet de me faire envisager le tricot autrement : de façon moins compulsive/boulimique (aller d’un projet à un autre, toujours acheter de la laine neuve, …) et plus « slow » : prendre le temps, bien sélectionner ce que je vais tricoter pour que ce soit durable, réutiliser de la laine de pulls que je porte peu, réfléchir aux façons d’utiliser mes « restes »…. et au final, je pense que cette démarche me permettra d’acheter de la laine plus coûteuse sans dégâts pour mon budget.
      C’est une démarche évolutive, je n’ai pas de réponse toute faite mais je trouve nos échanges à ce sujet super stimulants en tout cas 🙂
      Belle semaine à toi!
      Séverine

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